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Face
à une personnalité aussi multiple que celle de Gérard Oberlé, que
nous envisagions de rencontrer depuis de nombreux mois, c'est un
trio formé de Marie Berne, Bernadette Blandin et Louis Torchet qui
s'est présenté au portail du manoir de Pron pour rencontrer le libraire
de livres anciens, le bibliographe à l'ouvre imposante, le romancier,
l'éditeur. L'accueil fut chaleureux et nous ne pouvons pas ne pas
en souligner quelques points forts : l'émerveillement de tous, mais
particulièrement de Louis Torchet lors de la visite de la salle
des bibliographies installée dans un cottage récemment construit
à proximité du manoir, les impressions morvandelles échangées avec
Bernadette Blandin, l'ouverture du pays de Vandenesse au Nord Michigan
où habite son ami Jim Harrison, habitué du festival de Saint-Malo,
abordé avec Marie Berne.
De l'enfance en Alsace, sous l'emprise des livres.
Les premiers contacts de Gérard Oberlé avec le livre remontent à
son enfance alsacienne entre une mère vendeuse dans une pâtisserie
et un père facteur - homme de lettres en quelque sorte. En 1947,
la famille Oberlé, dont l'univers était très éloigné du livre, s'installe
dans une maison qui, pendant la première occupation allemande, servait
de bibliothèque. Le grenier était rempli de livres aussi bien français
qu'allemands. Dès qu'il sût lire, Gérard Oberlé s'y réfugie en compagnie
des ouvrages de Karl May, écrivain populaire, sorte d'Alexandre
Dumas allemand, ou de Fenimore Cooper. " Dans ce village alsacien,
je rêvais d'évasion à travers les livres. Lorsque des étrangers
venaient dans le village (gitans, forains, marchands de tapis marocains),
je rêvais de partir avec eux, ils correspondaient à ce que je voyais
dans les livres ". Plus tard Gérard Oberlé fréquente l'allemand,
le grec et le latin dans le collège de jésuites où il fait ses études
à Fribourg, en Suisse. Celles-ci le conduiront à un poste de professeur
à Metz qu'il n'occupera que six mois : il noircit d'encre un inspecteur
d'académie dont il supporte mal l'autorité.
Du commerce du livre.
Cette sortie de l'enseignement le conduit à Paris et marque le début
d'une biographie assez romanesque. Débute alors une succession de
" bizarreries qui m'assuraient les épinards mais pas le beurre :
leçons particulières de latin à des fils des quartiers chics, transport
de cageots aux halles, traducteur d'allemand dans une maison d'édition
spécialisée..."
En 1967, répondant à une petite annonce, il est engagé par Madame
Vidal-Megret qui dirige une importante librairie de livres anciens
par laquelle, par exemple, toutes les ventes de Maurice Rheims transitent
(bibliothèque Rothschild et autres). Gérard Oberlé découvre qu'il
est possible de faire commerce de livres anciens, ce qu'il n'avait
pas imaginé bien qu'ayant fréquenté bibliographies et ouvrages des
siècles passés durant ses études universitaires. Une nature réfractaire
à toute forme d'autorité et la fréquentation des livres : les éléments
sont réunis pour que Gérard Oberlé devienne libraire.
Il quitte cette librairie en 1971 pour en ouvrir une à son compte
à Paris, rue Henner. " Les libraires d'alors étaient de vieux messieurs
en pleine carrière, bien assis, qui vendaient des livres très "
collectionnables ". Ils pratiquaient une sorte de bibliophilie bourgeoise
héritée du XIXe siècle. Avec beaucoup d'enthousiasme mais sans moyens,
j'ai abordé cette profession d'une façon nouvelle en m'intéressant
à ce qui n'intéressait personne, par goût pour les marges mais aussi
par nécessité. Je collectionnais notamment les livres de colportage
".
Le premier catalogue que publie Gérard Oberlé concerne précisément
les livres de colportage, qui lui rappellent ses lectures d'enfant
chez son grand-père alsacien, notamment ses lectures d'almanachs
(Le Messager boiteux) dans lesquelles il découvre le goût pour les
voyages, l'exotisme, les aventures lointaines, l'imagerie, la littérature
et l'amour de la vie populaire. Ce premier catalogue le convainc
de la noblesse de ce métier : quelques jours après sa publication,
la moitié des ouvrages présentés lui est achetée par " un homme
plus de curiosité que d'érudition qui portait sur les livres et
sur le métier un regard essentiellement artistique, voluptueux ",
Georges Heilbrun, en qui notre libraire voit aussi "un personnage
légendaire de la librairie, pour moi le plus grand libraire français
de tous les temps, un homme de la Renaissance égaré au XXe siècle
".
Entre quarante et cinquante catalogues suivront sur des thèmes peu
ou pas traités : le roman noir, les romans gothiques ancêtres des
romans policiers et des romans de frissons, le romantisme allemand
en France, la folie littéraire, les frénétiques, les néo-latins...
En 1976 c'est le départ de Paris pour le Morvan avec l'acquisition
du Manoir de Pron, cadre idéal que Gérard Oberlé espérait pour se
consacrer pleinement à son travail... Ici naîtra le catalogue néo-latin
qui a représenté six années de travail dont la lecture de poètes
pour la plupart inconnus. " J'ai passé des nuits entières à lire
des vers latins de jésuites obscurs du XVIIe siècle. Puis j'ai avalé
toute la bibliothèque de ces fous littéraires, c'était assez indigeste,
un fou ça va, mais trois cents ! "
Il n'y a certainement pas de hasard dans cette installation en Morvan,
région qui rappelle à Gérard Oberlé l'Alsace où il a grandi : "
pas l'Alsace des vignobles, mais l'Alsace pauvre comme il existe
la Bourgogne pauvre et la Bourgogne riche. Les paysages, situés
à la limite du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, ressemblent étrangement
aux paysages du Morvan. C'est la même économie agricole, les mêmes
pauvres gens qui vivaient de cueillette de châtaignes, de bûcheronnage.
Mon bonheur c'est de vivre dans les champs. Je suis né dans un village
alsacien qui était en limite de forêt, dans un milieu ouvrier, paysan,
petit artisan, un milieu pauvre. Ils seraient considérés maintenant
comme les damnés de la terre tout simplement parce qu'ils n'avaient
pas l'eau courante, ni de toilettes dans la maison. J'aime la gueuserie,
car il y a une patine... Dans ces villages après guerre, dans les
années 50-60, la bonne sour avait sa cornette, le curé son vélo,
on courrait les filles sous les cerisiers à la période des foins...
J'éprouve une grande nostalgie pour cette vie, nostalgie que je
fais transparaître dans les chapitres et les personnages morvandiaux
de mes romans. Ce que j'aime le plus ici se sont les sanctuaires
de la nature. Je fréquente plus les forêts que les églises quoique
j'ai beaucoup de plaisir à visiter les cathédrales. Ma religion
est plus proche des sources et des sangliers que du Saint-Sacrement
! "
De la bibliophilie
Gérard Oberlé a cessé de rédiger des catalogues depuis le Poulet-Malassis,
car il a le sentiment que ce qui l'amuse n'intéresse plus personne.
Ce dernier travail fut un terrible fiasco financier. " Je l'avais
fait en hommage à un vieux bibliophile que j'aimais beaucoup, et
à qui j'ai acheté la plus grande partie du fonds. " L' investissement
de près de deux millions de francs, (achat de livres pour compléter
la collection et impression du très volumineux catalogue) n'a dégagé
que 350 000 F de vente de livres. La bibliophilie telle que l'aime
Gérard Oberlé est morte : " les gens qui ont de l'argent veulent
des valeurs sûres : des éditions originales de Ronsard, de Baudelaire.
Ça rassure le bourgeois. Il y a encore des gens curieux, qui sont
contents d'acheter des livres de l'espèce de ceux que je chéris.
Mais ils n'ont pas d'argent. Je dis cela sans aucune amertume. J'ai
toujours pensé que la vie pouvait être un banquet, je n'ai jamais
pensé qu'elle pouvait être ce que l'on appelle faire la fête. "
La bibliophilie désormais soumise aux lois du marché, une nouvelle
génération de libraires plus agents de change qu'amateurs de livres
et le livre devenu une valeur de placement, voici l'amer constat
qu'il fait aujourd'hui même si le métier de libraire comprend de
nombreuses autres activités comme l'expertise judiciaire pour des
estimations, des inventaires, des successions, des assurances, ou
pour des commissaires priseurs, la rédaction de catalogues de ventes
publiques (celles de Moulins et de Clermont-Ferrand récemment),
ou encore la publications de catalogues, soit thématiques soit des
varia. Activités auxquelles Gérard Oberlé se livre toujours, aidé
par son associé, Gilles Brézol, ce qui lui laisse ainsi du temps
pour écrire ou voyager.
De l'écriture
De la rédaction de catalogues à l'écriture romanesque, on ne peut
pas dire qu'il n'y ait qu'un pas, mais c'est une distance que Gérard
Oberlé a franchi et l'anecdote de ce passage à la condition d'écrivain
vaut d'être rapportée.
" Mon premier livre, Nil rouge, est né d'une rencontre avec Patrick
Raynal lors des Journées du livre et du vin de Saumur où nous participions
à un jury littéraire. Me questionnant sur la manière d'employer
mon temps à Assouan en Egypte, où je me rendais régulièrement quelques
mois durant l'hiver, je lui répondis que je ne faisais pas grand-chose
si ce n'est lire les livres que je n'ai pas le temps de lire ici,
fumer le narghileh, traîner dans les cafés, apprendre l'arabe, bref
toute sorte de choses avouables et non avouables. Il me suggéra
d'écrire un roman pour la Série Noire qui se déroulerait là-bas.
Il y trois ou quatre ans, je me suis souvenu de cette conversation
avec Raynal et j'ai commencé à écrire une histoire, vaguement autobiographique
en y ajoutant quelques ingrédients saignants... Pour m'amuser, j'ai
pris le nom d'un poète du XVIIe que j'aime beaucoup, Jean-Baptiste
de Chassignet1, dont malheureusement je n'ai pas les ouvres en édition
originale, ce serait le couronnement de ma carrière ! Finalement
le comité de lecture de Gallimard l'a refusé. Un de mes amis, qui
l'avait lu et apprécié, l'a montré à Pierre Drachline du Cherche
midi qui m'a demandé de retravailler le texte, de le réécrire sans
arrière-pensée de collection. J'y ai mis plus de gravité, plus de
lyrisme, plus d'érudition, quelque chose de plus personnel, me laissant
aller à mes propres goûts et dégoûts, comme lorsque je rédige les
fiches de mes catalogues, une sorte de badinage, un peu érudit,
pas tout à fait ni politiquement ni sexuellement correct.
C'est du roman populaire qui ne prend pas les gens pour des crétins.
Comme on m'a gentiment demandé d'en faire d'autres, je suis devenu
une espèce de faiseur. Je ne prenais pas cela très au sérieux. Mais
je suis un peu obligé maintenant. Je ne regrette pas d'avoir choisi
un personnage qui me ressemble un peu car cela me facilite beaucoup
les choses. Quand je le mets dans une situation romanesque quelle
qu'elle soit, je n'ai pas besoin de réfléchir longtemps pour savoir
comment il réagirait. Cela devient une écriture vraiment amusante.
Lorsque je commence à écrire une histoire, j'ai en tête trois ou
quatre personnages et un décor plutôt exotique. Ce qui leur arrive,
je ne le sais pas à l'avance d'un chapitre à l'autre.
La nostalgie et la vengeance sont deux motifs très puissants pour
écrire des romans populaires, ce sont même deux moteurs de toute
littérature populaire. L'affreux Berlemont et sa femme, personnages
de mon deuxième roman Pera Palas, existent vraiment. Cette partie
est absolument autobiographique. "
Ce qui, dans l'accueil fait à son premier roman, surprend le plus
Gérard Oberlé n'est pas seulement le succès de librairie (près de
8 000 exemplaires vendus) mais une presse fournie, par des journalistes
qu'il ne connaissait pas. Et surtout le rachat des droits par Gallimard
pour le publier en Folio prochainement. " Le directeur de la collection,
que je n'ai d'ailleurs jamais rencontré, est tombé amoureux de Chassignet,
le personnage du roman, il a même demandé au Cherche midi si j'allais
en écrire d'autres ! " Autre indice du succès : ce premier roman
a obtenu le prix René Fallet.
De la gastronomie.
Même si Gérard Oberlé n'a pas recherché l'étiquette d'écrivain,
il a fini par y croire ! Il est en revanche certain que l'homme
aux multiples activités réfute l'étiquette de libraire de la gastronomie
à laquelle son nom est associé trop systématiquement à son goût.
" Je ne supporte plus cette étiquette que l'on m'a définitivement
collée sur le râble alors que c'est quelque chose d'accidentel dans
mes préoccupations bibliographiques et de bibliophile. Mes confrères,
les commissaires priseurs ont tous oublié ce que j'ai pu faire avant
pour ne retenir que cela. Dès qu'il y a une bibliothèque gastronomique
à vendre, on m'appelle. Mais quand il s'agit d'une bibliothèque
humaniste, on se garde bien de me faire signe, alors que c'est ma
véritable spécialité ! Ma bibliothèque personnelle ne compte aucun
livre de cuisine, à l'exception des livres de recettes que j'utilise
pour cuisiner. Je possède des livres d'emblèmes du XVIIe, des poètes
baroques, du romantisme allemand, des incunables savants. Désormais
je refuse toutes les préfaces gastronomiques et les interventions
dans des colloques. J'ai fait une exception l'an dernier pour la
bibliothèque de Metz à l'occasion de l'exposition Metz à table parce
que j'ai d'excellentes et très anciennes relations avec les conservateurs
qui m'ont très souvent apporté leur aide pour la rédaction de mes
catalogues thématiques. C'était d'ailleurs très drôle de retourner
à Metz, trente ans après et trente ans de kilos en plus, pour inaugurer
une exposition sur la gastronomie, alors que dans cette même ville
j'avais quasiment crevé de faim ! "
Si l'étiquette de libraire de la gastronomie lui semble trop restrictive,
les questions de palais et de goût restent d'actualité pour Gérard
Oberlé. Ainsi Beaux-Arts magazine publie en septembre sa correspondance
avec Jim Harrison sur l'art de boulotter les oiseaux. Jim Harrisson
et Gérard Oberlé se sont rencontrés tout à fait par hasard. Depuis
ils ne se quittent plus. " C'est une rencontre qui compte beaucoup
dans ma vie. Il m'a beaucoup encouragé à écrire tout en me mettant
en garde par rapport au monde littéraire, que je ne fréquente d'ailleurs
pas du tout, me disant un jour : "Ne va pas dans les banquets littéraires,
il vaut mieux aller voir des serpents en train de baiser, c'est
moins nocif !" J'avais déjà eu une correspondance avec Michel Onfray
publiée dans la même revue sur l'épineuse question : Est-ce que
la cuisine fait partie des beaux-arts ? " Les formes épistolaires
et romanesques ne sont pas les seuls chemins d'écriture de Gérard
Oberlé, qui a consacré une grande partie de son été à écrire : "
des choses autres que "chassignesques", mais je le referai, rassurez-vous.
J'en ai trois d'avance, un qui va se passer en Arizona, où j'ai
eu des aventures assez incroyables, justement avec Jim Harrison
comme personnage ; un en Guyane où j'ai vécu il y a près de trente
ans. Je travaille en ce moment sur un livre à partir des images
d'un photographe new-yorkais Hans Gissinger, qui m'a découvert alors
que je participais à une émission sur Arte consacrée au cochon.
Récemment il m'a envoyé une série de photographies, sorte de galerie
de mannequins totalement extravagante : une centaine de photographies
de salamis, qu'il a fait acheter par un chauffeur de taxi dans chaque
village d'Italie du nord au sud, puis qu'il a photographié dans
un studio à Turin. Cela finit par devenir une parade au symbolisme
redoutable ! Il ne s'agit pas de faire l'historique du salami, mais
d'écrire un texte très personnel, en particulier l'éloge des charcutières
que j'ai croisées dans ma vie. A l'origine, charcutier voulait dire
cuiseur de chair, cela permet des divagations assez amusantes...
J'ai également écrit des nouvelles en hommage à certaines femmes
du peuple, des femmes marginales qui m'ont hanté dans ma vie. "
Sa bibliographie compte aussi un journal publié par Vogue sur Assouan
et l'Egypte, une nouvelle sur le chablis parue dans La Revue des
deux mondes. Il est souvent sollicité pour écrire des textes, ce
qui, au départ, lui semblait, comme pour les romans, une sorte de
jeu ou de farce.
De
ses relations avec les bibliothécaires.
En tant que libraire de livres anciens, il nous semblait évident
que Gérard Oberlé entretienne des relations fréquentes avec les
bibliothèques. Nous fument surpris de constater qu'il n'en est rien
: " Mes relations avec les conservateurs de bibliothèques sont très
rares, mais très fortes quand elles existent. Je fréquente beaucoup
et depuis longtemps la bibliothèque de Troyes parce que je suis
ami et un peu protecteur de cette bibliothèque qui possède la plus
grande collection de livres de colportage (la Bibliothèque bleue2).
La veuve de Monsieur Morin, qui avait de très mauvaises relations
avec la bibliothèque à cause de l'attitude d'un conservateur heureusement
parti depuis, m'a vendu la totalité de la bibliothèque de son mari
composée en grande partie de livres de colportage. Je trouvais un
peu triste que le fonds de cet homme, qui avait été lui-même conservateur
et avait écrit une bibliographie sur le sujet, ne reste pas à Troyes.
J'ai permis à la bibliothèque de racheter tout le fonds Morin qui
lui avait échappé, je pense avoir ainsi réconcilié Madame Morin
et la bibliothèque. "
De l'édition.
L'entretien s'est terminé sur une activité moins connue de Gérard
Oberlé car confidentielle et épisodique : l'édition. " J'ai toujours
eu un grand amour pour la poésie. J'ai d'ailleurs plus lu les poètes
que les romanciers, les poètes anciens et modernes. Le premier livre
publié en 1972 alors que j'étais encore à Paris, Dynasties, de Norge,
était un recueil de quatrains avec des variations plus ou moins
facétieuses ou graves sur la notion de pouvoir. J'éprouve une grande
admiration pour ce poète que je considère comme l'un des poètes
majeurs de ce siècle. Nous avons longtemps correspondu et nous nous
sommes vus très assidûment pendant trente ans, jusqu'à sa mort.
J'ai publié de lui deux autres recueils : Ne me lâche pas la main
et un bestiaire, Pense-bêtes. Pour ce dernier, je lui avais trouvé
dans les livres de colportage des petits bois montrant toutes sortes
d'animaux, sur lesquels il a écrit des quatrains. J'ai également
publié un livre d'un bourguignon, Jules Roy, bien qu'il dise beaucoup
de mal de moi dans ses journaliers. Je n'appréciais pas particulièrement
ses romans mais j'avais trouvé un jour chez un bouquiniste, un recueil
publié à Alger intitulé Prières pour des aviateurs défunts. C'était
une poésie admirable, chaleureuse qui m'a particulièrement touché
d'autant que je suis moi-même pilote d'avion. Je le rencontrais
de temps en temps à Vézelay chez Meneau, je l'ai abordé un jour
et lui est demandé s'il n'avait pas gardé dans ses cahiers de jeunesse
des poèmes inédits de l'époque aviation.
Ensuite, j'ai publié trois ou quatre recueils d'un poète que j'aime
beaucoup : Lucienne Desnoues, également publiée chez Seghers et
ailleurs. C'est une poésie savante liée aux rimes des rhétoriqueurs
d'autrefois, avec pour thème unique les choses de la nature, de
la vie des plantes. Je suis fasciné par la botanique. Je ne pourrais
pas vivre dans un lieu sans connaître le nom des gens qui y habitent
: les plantes, les papillons... J'ai besoin de savoir qui est là.
Je lui ai envoyé le nom de plantes que j'aime plus que d'autres
et je lui ai demandé d'improviser un herbier. C'est le tout dernier
livre qui vient de paraître. J'ai aussi publié Jean-Claude Carrière,
scénariste très célèbre mais qui écrit aussi des poèmes, plutôt
des chansons d'ailleurs, qui ont été mis en musique récemment par
Juliette Gréco. La plupart de ces livres sont maintenant épuisés.
C'est une activité très épisodique qui relève plus du mécénat. Les
poètes ont beaucoup de difficulté à être publié, les grands éditeurs
ne publiant plus de poésie ou très peu. "
Propos recueillis par Marie Berne, Bernadette Blandin et Louis
Torchet avec la participation rédactionnelle de Dominique Mans.
1. Jean-Baptiste de Chassignet, vers 1570-1635. Originaire de Besançon,
il suit une formation de juriste à l'université de Dole et fait
une carrière d'avocat au bailliage de Gray. Il publie à Besançon
en 1594 Le mépris de la vie et la consolation contre la mort sous
la forme de 444 sonnets ; en 1601 Paraphrases en vers français sur
les douze petits prophètes et, en 1613 à Lyon, Paraphrases sur les
150 psaumes de David.
2. Bibliothèque bleue. On désigne sous ce nom un ensemble de brochures
de littérature populaire de douze cents titres environ, publiés
en millions d'exemplaires du début du XVIIe siècle à la fin du XIXe
siècle. Les premiers titres paraissent chez Nicolas Oudot à Troyes
puis repris et imités par d'autres imprimeurs en d'autres villes.
Se sont des brochures de quelques feuilles vendues par des colporteurs,
des vendeurs d'images ambulants sur les foires et les marchés, la
couverture est faite d'un papier fort, bleu-gris qui sert à emballer
le sucre (d'où l'origine du nom), l'impression est toujours rudimentaire,
les livrets sont mal paginés et mal brochés et pourtant aujourd'hui
ils sont devenus objets de collections. Les thèmes tournent autour
des almanachs, des prophéties, de la santé du corps, des fables,
de la femme, de l'histoire sainte...
Principales
bibliographies publiées par Gérard Oberlé :
La Bibliothèque bleue. Livres français de colportage (XVIIe-XIXe
siècles). Les fous littéraires, les hétéroclites. Léon Cladel, le
rural écarlate. Les poètes néo-latins en Europe du XIe au XXe siècle.
Bibliographie, Manoir de Pron, 1988. Louise Michel. Légendes et
chants de gestes canaques. Présentation, Editions 1900, 1988. Les
fastes de Bacchus et de Comus ou histoire du boire et du manger
en Europe, de l'Antiquité à nos jours à travers les livres, Belfond,
1989. Une bibliographie bachique, Loudmer, 1993. Auguste Poulet-Malassis.
Un imprimeur sur le Parnasse. Ses ancêtres, ses auteurs, ses amis,
ses récits, Manoir de Pron, 1996. Mélanges offerts à Gérard Oberlé
pour ses 25 ans de librairie.
En préparation : La bibliothèque bleue de Troyes, collection Morin.
A paru aux éditions Gérard Oberlé : Lucienne Desnoues, Un obscur
paradis, 1998.
Romans et autres écrits : Nil rouge, le Cherche midi éditeur, 1999,
réédition Folio-Gallimard, 2000 - Pera Palas, le Cherche midi éditeur,
2000. Le chablis, nouvelle, La revue des deux mondes, novembre 2000.
Les ornithophages : chasse, plumes et cuisine. Correspondance Gérard
Oberlé - Jim Harrison, Beaux-Arts magazine, n° 196, septembre 2000.
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