Le label LIR : Librairie indépendante de référence, entretien avec Nicolas Georges
Date : 2009-10-21 11:51:47Sur la base du rapport « Livre 2010 », le « plan Livre » est présenté le 14 novembre 2007, en Conseil des ministres par la ministre de la Culture et de la Communication.
Ce rapport inscrit le renforcement de la librairie indépendante au nombre de ses principales propositions. Certaines de ces mesures ont été concrétisées en 2008 au sein du Centre national du livre (CNL) :
- doublement des aides en faveur de la librairie ;
- soutien aux libraires pour la valorisation de leurs fonds ;
- création d’un fonds d’aide à la transmission ;
- mise en place du label LIR.
Après deux années d’élaboration de la part de la direction du Livre et de la Lecture, cette dernière mesure a vu le jour cette année, faisant l’objet du décret n° 2009-395 du 8 avril 2009, publié au Journal officiel du 10 avril 2009.
Au printemps 2009, les libraires ont donc pu remplir les premiers dossiers de demande de labellisation, qu’ils ont déposés avant le 15 mai auprès du CNL. Aussi nous a-t-il semblé opportun de vous proposer un premier point sur le label LIR au travers d’un court entretien avec Nicolas Georges, directeur du Livre et de la Lecture et président du CNL par intérim.
BCL Pro : À la lueur de ce rappel, pouvez-vous revenir sur le contexte économique qui a prévalu à la proposition du « plan Livre » en 2007 ?
Nicolas Georges : Benoît Yvert, directeur du Livre et de la Lecture, a engagé dès son arrivée en 2006 une large réflexion sur l’évolution du secteur du livre et ses répercussions sur les dispositifs d’intervention publique. Cette réflexion, baptisée « Livre 2010 », fut l’occasion d’une vaste consultation de l’ensemble des acteurs de la filière et aboutit à la publication d’un rapport contenant des préconisations sur les adaptations nécessaires de la politique publique. Le « plan Livre » de 2007 a constitué la mise en oeuvre de ces préconisations.
BCL Pro : Pourquoi soutenir précisément le maillon de la librairie dans l’ensemble de la chaîne du livre ?
N.G. : L’étude sur la librairie menée en 2007 par le ministère de la Culture et de la Communication, le Syndicat de la librairie française et le Syndicat national de l’édition a confirmé la fragilité de la situation économique des librairies indépendantes. Ces commerces cumulent en effet une hausse de l’ensemble des charges (loyers en centre-ville, fiscalité, transport…), un poids important des frais de personnel, qui s’explique par la nécessité de disposer d’un personnel nombreux et qualifié, une stagnation du résultat net à un niveau particulièrement bas, limitant les capacités d’investissement, et, enfin, des difficultés à transmettre leur commerce dans le même secteur d’activité.
Or le maintien, la modernisation et le développement du réseau des librairies sont indispensables pour préserver la diversité de la création dans le secteur du livre et l’égalité d’accès à cette diversité.
Ils constituent à cet égard, depuis de nombreuses années, une priorité des pouvoirs publics, de l’État comme des collectivités. Soutenir la librairie, c’est soutenir indirectement l’ensemble de la chaîne du livre et de ses acteurs.
BCL Pro : La mise en place du label a-t-elle été difficile ? Quels sont les partenaires qu’il a fallu convaincre du bien fondé de ce projet et pourquoi ?
N.G. : La mise en œuvre du label a pris du temps, au moment de sa conception d’abord, puisqu’il a fallu convaincre lesautres ministères, et notamment celui en charge de l’Économie, de créer une exception fiscale au profit des librairies. Au moment de son vote par le Parlement ensuite, le Sénat ayant décidé que l’exonération de taxe professionnelle ne serait pas automatique et compensée par l’État, comme cela avait été proposé par le Gouvernement, mais qu’elle serait effective sous réserve d’une délibération des collectivités territoriales et à leur charge. Enfin, la rédaction et la publication du décret d’application ont également nécessité un travail important, avec les professionnels d’une part et avec le Conseil d’État d’autre part, pour parvenir à un texte d’équilibre qui respecte à la fois les objectifs culturels du label et les impératifs de la législation fiscale.
BCL Pro : À votre avis, combien de dossiers de labellisation le CNL recueillera-t-il ?1
N.G. : Difficile à dire pour la première année. Cela dépend évidemment des libraires et de la façon dont ils appréhenderont ce label, tout aussi important sur le plan symbolique que sur le plan économique. En tout état de cause, nous avons souhaité avec le CNL que le dossier de demande adressé par les libraires soit le plus simple à constituer possible.
BCL Pro : Le label devrait être attribué à environ deux cents librairies. Pensez-vous que ce nombre augmentera ? Si ce n’est pas le cas, ne pensez-vous pas que ce seuil de deux cents librairies est trop faible pour soutenir la profession ?
N.G. : Il est impossible de dire avec précision combien de librairies seront labellisées2. En l’absence de base de données exhaustive des points de vente du livre en France, il n’existe aucun moyen de savoir combien de commerces vont satisfaire à l’ensemble des critères. L’objectif de deux cents me paraît faible, notamment pour les années à venir. Si labelliser tous les points de vente n’aurait naturellement aucun sens, la visibilité du label ne saurait a contrario être assurée avec un nombre de bénéficiaires trop restreint. J’ajoute que l’ensemble des librairies, labellisées ou non, demeure éligible aux différents dispositifs de soutien du CNL et des directions régionales des Affaires culturelles.
BCL Pro : Le chef de l’État a annoncé, le 23 octobre 2008, une exonération de taxe professionnelle pour toutes les petites et moyennes entreprises. Cela ne vient-il pas affaiblir le label avant même sa mise en place ?
N.G. : L’exonération de taxe professionnelle annoncée par le chef de l’État, dont je ne sais pas si elle sera effective dès 2010, sera semble-t-il partielle, contrairement au dispositif mis en place pour les librairies labellisées qui permet quant à lui une exonération totale. D’autre part, il est entendu que le bénéfice du label ne doit pas se limiter à terme à l’exonération de taxe professionnelle.
Une réflexion est déjà en cours pour les librairies LIR sur la question des charges sociales et du maintien des ouvrages de fonds en librairie. Le dispositif demeure donc pertinent.
BCL Pro : Dans vos perspectives de travail, est-il envisagé un label EIR (éditeur indépendant de référence) ?
N.G. : Pas pour l’instant. Mais je retiens l’idée…
Propos recueillis par David Demartis2, Centre régional du livre de Bourgogne
1. Le CNL a recueilli 635 candidatures.
2. Propos recueillis en juin 2009.
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