Acteurs du livre
Retrouvez les acteurs qui créent, publient et diffusent le livre en Bourgogne

Vie du livre
Retrouvez les acteurs qui font vivre le livre en Bourgogne

Base bibliographique bourguignone
Un catalogue, une bibliographie, des ressources numériques

Base biographique bourguignone
Cherchez et trouvez un auteur ou une personnalité de Bourgogne d'hier ou d'aujourd'hui

Quartier livres
Découvrez ici des coups de cœur, des chroniques et des demandes d'emploi

Liens utiles
s'abonner au flux RSS
s'inscrire à la newsletter
Espace presse



Bamboo expérimente le livre numérique, entretien avec Olivier Sulpice
Date : 2010-10-05 11:44:08

Créé en 1997, Bamboo a construit son succès autour de la BD d’humour tout public. En 2004, les collections « Grand Angle » (thriller, polar…), puis en 2006 « Doki- Doki » (manga), font de Bamboo un éditeur de BD généraliste. En 2010, Bamboo se tourne également vers le roman, à destination d’un public jeune et adulte. En effet, face à un contexte économique plus difficile, le président de Bamboo, Olivier Sulpice, affirme que ses grands axes de développement pour 2010 sont la création de nouvelles collections mais aussi le numérique. À une période où les initiatives sont de plus en plus nombreuses autour des questions numériques, BCL Pro a souhaité interroger Olivier Sulpice sur son expérience.

BCL Pro : Vous participez à la plateforme Izneo, qui propose la location d’albums pour une durée limitée, lisibles en ligne seulement. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?
Olivier Sulpice : Un jour, Claude de Saint-Vincent, le patron de Média Participation m’a fait part de leur travail sur une plate-forme : Izneo. Il m’a proposé de prendre part au capital, ce qui me permettait d’avoir accès aux comptes et d’assister aux réunions stratégiques. J’ai accepté sa proposition : le regroupement me paraissait plus intelligent que le développement ponctuel d’activités, d’autant plus que les activités en question sont très coûteuses. Nous avons choisi de commencer par de la location à prix bas. À terme, je suis persuadé que le prix variera entre 50 et 70 % du prix papier. Aux États-Unis, la moitié des livres numériques qui sont vendus le sont quasiment au prix du livre papier. Ce n’est pas tant le prix que le gain de place qui semble intéresser le public. Par la suite, nous allons certainement développer des abonnements. Nous parlons aussi de vente, mais en streaming, avec un code permettant la lecture en ligne. Nous ne souhaitons pas rendre possible la récupération du fichier.

BCL Pro : C’est le piratage qui vous effraie ?
O. S. : Oui, quoi qu’il s’agisse d’un faux problème, puisque le piratage existe déjà. Sur les mangas, on le voit beaucoup. Toutefois, il est encore plus facile de fairesuivre un fichier numérique. Nous n’allons tout de même pas faciliter la chose...

BCL Pro : Les auteurs ont lancé en mars 2010 un « appel du numérique » et demandent que toutes les adaptations numériques de leurs oeuvres soient soumises à validation et que la cession des droits numériques soit l’objet d’un contrat distinct, limité dans le temps et renégociable. Qu’en pensez-vous ?
O. S. : Nous ne changeons pas le produit pour le numérique : la BD est au format PDF. Vu les ventes actuelles, nous n’avons pas les moyens de développer des produits spécialement pour le numérique. Il s’agit donc tout simplement d’un autre moyen de diffusion pour lequel il n’y a pas de raison de rédiger un contrat particulier. La rémunération des auteurs doit être faite sur le prix de vente public, comme pour un album papier. Si d’ici quelques années nous dégageons une marge plus importante, je suis prêt à revaloriser le contrat de mes auteurs. À un moment donné, les auteurs ont voulu porter cela sur la place publique, avec un représentant du ministère de la Culture. C’est une aberration : ce problème doit être réglé entre l’auteur et son éditeur. En revanche, nous demandons toujours l’autorisation des auteurs. Par exemple, pour la mise en ligne des albums sur Izneo, nous avons ajouté un avenant à tous les contrats. Les auteurs avaient également peur, dans le cas d’un album épuisé et non réimprimé par l’éditeur, que celui-ci garde les droits ad vitam aeternam pourvu qu’il continue à exploiter l’album sous sa forme numérique. Là, je suis tout à fait d’accord. Il est dommage de ne pas essayer d’exploiter une oeuvre en numérique même si on ne la réimprime pas ; mais si un autre éditeur souhaite exploiter à nouveau la version papier, il est normal de rendre ses droit à l’auteur.

BCL Pro : À terme, souhaitez-vous également développer la vente en direct de livres papier ?
O. S. : Non, ce n’est pas notre métier. Je ne dis pas que nous n’aurons pas un jour sur notre site une « Bambootique » mais il s’agira de vendre des produits dérivés. Autant je suis favorable à la vente de lots à une entreprise, autant nous ne sommes pas équipés pour vendre aux particuliers. C’est un autre métier, celui des libraires ou des grandes surfaces.

BCL Pro : Quel peut être le rôle de la librairie dans ce nouveau modèle économique ?
O. S. : Avec Izneo, nous proposons aux libraires de faire une marque blanche, c’est-à-dire qu’ils pourront proposer sur leur site marchand un lien vers Izneo qui sera habillé avec le logo de la librairie. La remise est un petit peu plus faible que ce que la librairie touche habituellement pour le papier, mais, en contrepartie, elle économise sur d’autres éléments, comme les frais de transport. Il faut trouver un moyen d’intégrer les librairies dans ce nouveau modèle, ce sont des acteurs très importants. Le numérique fait peur à tout le monde : il faut être vigilant. Pour l’instant, nous faisons des tests. Nous ferons certainement des erreurs, mais comme nous sommes sur des montants faibles de reversement, les autres acteurs ne vont pas en pâtir. Cela serait une faute professionnelle de ne pas expérimenter maintenant, sans quoi, à l’avenir, seuls Orange ou Google seront performants sur le marché numérique… Et je ne pense pas qu’il sera facile pour les acteurs de la chaîne du livre de négocier avec eux.

BCL Pro : Pensez-vous que le numérique viendra remplacer le papier ou bien qu’il sera complémentaire et imbriquera d’autres médias ?
O. S. : Je ne pense pas que le livre papier va disparaître, mais des projets numériques autour de la BD vont certainement faire leur apparition. La grande idée en BD consiste à enlever les bulles et à prendre des acteurs pour faire les voix. Nous nous sommes renseignés,mais cela coûte trop cher à développer (entre 15 000 et 20 000 € par album), alors que nous savons que nous n’arriverons pas à les vendre pour l’instant. J’ai aussi peur que cela rende le piratage plus facile. Toutefois, si j’arrive à faire baisser un peu les coûts, c’est quelque chose que j’aimerais essayer de faire. La question des droits d’auteurs se poserait alors autrement, puisque le produit ne serait plus seulement la transposition, à l’identique, de la BD papier en numérique.

BCL Pro : Vous avez beaucoup investi dans le développement d’Internet comme moyen de
communication. Pourquoi ?
O. S. :
Je pense qu’Internet est un media très important. Je l’ai d’ailleurs mis dans les priorités de l’année dernière et de cette année. J’ai également embauché quelqu’un à mi-temps pour animer les pages Facebook de nos collections. Ce salarié s’occupe de créer des communautés, des réseaux autour de nos produits. Pour le moment, nous ne ressentons pas forcement les retombées de cette politique, nous n’avons pas eu d’explosion des ventes. Cependant, je continue à penser que c’est important de le faire, afin de voir comment cela fonctionne.

BCL Pro : Quels sont vos prochains projets ?
O. S. : Nous avons un projet qui s’avère pour le moment difficile à mettre en place parce que je n’arrive pas à embaucher les bonnes personnes. Je voudrais créer une plate-forme de jeu. Le principe consiste à décliner des personnages des BD Bamboo (pour commencer : Les rugbymen et Les footmaniacs) et d’en faire des jeux en flash sur Internet. Il s’agirait de petits jeux d’attaque et de défense de deux minutes, avec des parties gratuites et des tournois payants. Nous cherchons à embaucher trois ou quatre personnes pour développer ce concept pendant six mois afin de voir s’il y a un intérêt ou non. Cette évolution est cohérente : tout doucement, nous allons développer différents produits : l’animation, les jeux, les BD, les livres jeunesse… autour des héros de BD. Nous allons créer des univers.

Propos recueillis par Nathalie Suchet - CRL Bourgogne

 



Page précédente La revue du CRL
Centre régional du livre de Bourgogne
Conseil régional de Bourgogne Ministère de la culture et de la communication Bibliothèque nationale de France Fédération interrégionale du livre et de la lecture